LA MEDITATION


 

"Il y a méditation quand l'attention remplace la pensée, tout simplement..."

 

Le terme méditation a dans notre culture un sens opposé à celui que l'on associe à l'Orient, et notamment au bouddhisme et à l'hindouisme.

La méditation orientale a elle pour effet immédiat de pacifier l'activité mentale, mais son but réel est avant tout d'éveiller l'attention et d'apprendre à vivre avec.

Il y a en fait plusieurs sortes de méditations et de nombreuses méthodes, mais fondamentalement, il y en a deux :

  • l’une qui est un apprentissage de la concentration et de l'observation focalisée, une "domestication" du mental, c’est le dharana des hindous - ou le samatha des boudhistes,
     

  • puis l’autre qui est observation et pure attention, la méditation sans forme et sans objet, dhyana chez les hindous, vipassana chez les bouddhistes, quintescence de la présence et repos total de l'activité mentale.

 

Pourquoi la méditation ?

 

Le mental (manas + chitta) est un outil précieux mais est avant tout la "machine" qui dirige nos actions.

Cette machine - qui devrait être au service de la conscience - se permet bien souvent de s'y substituer, ce qui nuit à une perception juste de ce qui est réellement.

D'autre part, étant une construction, il est limité et n'a pas accès à ce qui est de l'ordre du non-vu, du non-dit, du mystère.

La tradition hindoue étant d'origine métaphysique, pour transmettre les perceptions informelles d'une réalité transcendante, (présente dans les 4 Vedas), elle a développé la pratique d'un contact direct de partage de ressenti, hors langage, ce qui a donné naissance au gurukulam (transmission par le partage).

Le gurukulam n'est un transfert de connaissances que dans la mesure où le mental ne filtre pas les perceptions de buddhi, la pure intelligence, et comme cela nécessite un mental non intervenant, celui-ci doit donc être paisible et transparent et s'effacer devant la conscience.

La méditation est donc le préalable à toute transmission par le partage, et en dehors de ce contexte, la première marche d'un éveil de la conscience à ce qui dépasse les limites de notre réalité humaine.

Méditation et langage non-verbal.

La conscience individuelle ordinaire - et donc le mental - est basée sur la pensée, qui est le fruit du langage, la conscience paradoxale (on devrait plutôt dire metadoxale) qui la transcende est aussi basée sur la pensée, car l'homme est un être de pensée, mais sans le langage, donc non verbale.

Penser sans le langage (et donc rester pensant, donc humain) c'est précisément un des buts de la méditation, non seulement pour pacifier le mental et s'ouvrir à des perceptions d'un autre ordre, mais aussi pour atténuer la prolifération des vasanas qui participent à la production d'agami karma et ainsi se diriger vers MOKSHA (mukti), que nous évoquons sur les sites www.meditationkarmique.com et www.karmavidhya.com

La pensée non verbale est un des effets de la méditation mais aussi une voie d'accès pour certains pour y parvenir.

 

MEDITATION ET AYURVEDA


 

Dans les centres ayurvédiques, la méditation est très souvent associée au yoga, car l'état de relâchement procuré par les asanas et les pranayamas est propice à un ralentissement du mental.

 

L'inconvénient de ces méditations collectives est justement qu'il s'agit de méditations guidées, ce qui est à l'opposé de ce que devrait être la méditation qui devrait être une optimisation de nos capacités d'attention conscientes et autonomes.

Quoi qu'il en soit, toute méditation guidée est préparatoire et a une juste valeur pour cette raison, mais dépendre d'un support pour méditer ne peut pas mener à la méditation profonde et reste dans les limites de dharana.

Un bon coach devrait se limiter à observer votre état d'éveil progressif dans la méditation (qui n'est pas un engourdissement du mental) plutôt que d'entretenir une auto-hypnose relaxante ou des états modifiés de conscience.

Le fait de pratiquer le yoga et la méditation pendant une cure ayurvédique favorise le travail du vaidya, car les déséquilibres des doshas ( hiérarchiquement hérités entre mental, énergie et cellules) deviennent moins prégnants, et la détente générale, le relâchement des tensions, sont propices à la remise en phase des énergies.

 

 

LA MEDITATION

Certains mots qui viennent de l'hindouisme ou de l'Ayurveda (comme gourou, réincarnation, mantras, karma, massages) se sont vus adjoindre des significations assez éloignées de ce qu'ils représentent réellement. Le mot méditation a aussi ses dérives, et vous allez trouver ci-dessous des commentaires sur ce que c'est et ce que ce n'est pas (vu de l'Inde).

La méditation, c'est de la concentration

Faux. La méditation est en fait un état ouvert, de dé-concentration. La concentration vient d'elle-même lorsque que l'on est en état d'attention et de méditation. La concentration exige un effort, une volonté alors que la méditation est un état de présence et de détente du mental. C'est un lâcher-prise, et comme le fruit qui est mûr tombe de l'arbre, les pensées tombent et laissent la place à une attention pleine et entière, détendue, qu'il est tout à fait possible, alors, de concentrer sur un objet.

En fait, selon Patanjali, l'attention mène à la concentration (Dharana), qui mène à la méditation (Dhyana), qui mène à la pleine conscience (Samadhi), qui est pur sentiment d'être, de conscience et de joie (sat-chit-ananda). Le dénominateur commun étant l'attention, dharana, dhyana et samadhi étant divers états de cette attention, du plus individuel au plus universel.

NB : le mot concentration évoque une notion de regroupement forcé, mais le mot focalisation serait plus juste, par comparaison à l'accomodation oculaire.

La méditation est une pratique religieuse

Faux. En Inde, la méditation et le yoga sont des pratiques associées depuis longtemps à la tradition indienne, et donc à l'hindouisme. Mais on ne peut pas considérer l'hindouisme comme une religion au sens des religions du livre. Il n'y a pas a proprement parler de dogme, et tout est basé sur la Connaissance. La manière dont cette connaissance s'habille de multiples formes afin de toucher chacun en fonction de ses capacités de préhension, d'intellection, ou de dévotion lui est propre et crée des subdivisions que ne nuisent en rien à son unité.

Pour méditer il faut être assis dans la position du lotus.

Les écrits de Patanjali sur le yoga sont d'une telle précision qu'il serait plus juste de les considérer comme scientifiques plus que poétiques. Un des sutras (textes, aphorismes), le Sthira Sukham Asanam est très explicite quant à la nécessité de ne pas forcer : Sukha signifie l'aisance, le confort, agréable, facile, Sthira la fermeté, la vigilance et Asanam c'est la posture.

Pour acompagner bénéfiquement la méditation, une posture stable et confortable, quelle qu'elle soit, est préférable.

La méditation c'est le contrôle du mental

Faux. La méditation n'est pas l'ennemie de la pensée, et ne cherche pas le contrôle. Dans une de ses phases, c'est même un mode de penser, mais non-verbal.

Le Rishi Vyasa a écrit : "Lorsque la mémoire est purifiée des souvenirs qui proviennent de l'usage conventionnel des mots, lorsque la connaissance intérieure, inhérente à la concentration (samadhiprajna) est affranchie de toute relation (vikalpa) avec les idées d'inférence ou de tradition orale, l'objet pris pour cible demeure tel qu'il est en soi et tel qu'il est sans plus; il est alors spécifiquement caractérisé comme ayant sa forme propre et rien d'autre que cette forme."

Un des effets de la méditation c'est la disparition de l'influence des mouvements spontanés de la pensée (cittavrittis), et donc l'indépendance par rapport aux flux karmiques que la pensée tend à manifester (prarabdhakarma).

La pensée non verbale (qui ne menace pas le penseur...) est la porte d'entrée de la méditation.

 

La méditation est une fuite

Faux. Dans la mesure où la méditation nécessite de l'attention, et donc de la présence, il ne peut pas y avoir de fuite. Il y a au contraire une intégration des faits actuels, qu'ils soient extérieurs ou intérieurs, en mode d'observation, puis d'assimilation dans une perception qui transcende les contradictions rhétoriques.

Il faut méditer pendant des heures pour arriver à un résultat

Oui et non. Il ne peut pas y avoir de recherche de résultat dans la mesure où cela relèverait d'un projet mental. Mais le fait de pratiquer - comme le ferait un sportif - permet d'intégrer le processus avec une aisance croissante. L'entrainement n'est en aucun cas la cause de l'état de méditation, mais un élément favorable.

La méditation est incompatible avec la vie moderne

Faux. Méditer n'éloigne pas du monde, au contraire. Etre pleinement dans une action avec une conscience discriminante juste, c'est une forme de méditation. Le folklore n'est pas nécessaire. D'autre part ça ne doit pas être un refuge avec des objets totémiques qui rassurent, un rituel à heure fixe qui viendrait à manquer en cas d'empêchement, mais plutôt un mode d'être spontané qui libère des héritages karmiques individuels et qui révèle une autre vie, moins dépendante, moins névrosée, plus joyeuse.

La méditation hindoue et la méditation bouddhiste sont très différentes

Faux. Seules les dénominations changent; samatha bhavana serait à rapprocher de dharana, et vipassana bhavana de dhyana.

Conseils de lecture (entre autres)

"Yoga Sutras de Patanjali" ,

"La méditation selon le yoga-vedanta" de Swami Siddheshwarananda,

"Satipatthana Sutta du Bouddha" de Nyanaponika Thera,

"Meditez partout, tout le temps" de Jose Le Roy,

"La pratique de la méditation" de Swami Sivananda Sarasvati,

"Au coeur de la tourmente, la pleine conscience" de Jon Kabat-Zinn,

"Approches de la méditation" de Arnaud Desjardins,

tous les livres de Jiddu Krishnamurti ainsi que ceux de Sri Nisargadatta Maharaj.

Voir le site partenaire www.meditationkarmique.com